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"L'âne même qu'on croit le plus stupide des animaux, parce qu'il est le plus patient, souffre mille coups de bâton, plutôt que de vouloir avancer un pas vers un endroit, dans lequel il peut se précipiter en un abîme. Cette préférence du plus grand plaisir au moindre, et la volonté de souffrir une douleur moins forte pour en éviter une plus grande, font une partie de ce qu'on appelle Raison naturelle de l'homme ou de la bête. C'est proprement en quoi consiste la Raison naturelle; c'est à dire a chercher nôtre plus grand bien, et a fuir le plus grand mal naturel. Ce que nous ne connaissons pas par d'autres moyens, que par le plus ou moins de plaisir, et par le plus ou moins de douleur. Remarquez que Dieu même dans l'état présent de la nature ne peut nous faire connaître ce qui est le bien, que par le plaisir qu'il y a en quelque chose, et ne saurait nous proposer une autre félicité dans le Paradis pour notre obéissance que des plaisirs infinis et éternels, ni nous menacer d'autres maux, que d'être châtiés par des peines et des douleurs perpétuelles dans les Enfers. Par ou il paraît évidemment, à mon avis, qu'on ne peut connaître ni concevoir d'autre bien dans l'état naturel, que le plaisir qui n'est point suivi d'aucune douleur, ni d'autre mal que la peine et la douleur qui n'est point suivie d'aucun plaisir. Donc le vrai et parfait mal, est la pure douleur sans aucun plaisir, et le vrai bien est le plaisir sans aucun mélange de douleur. Ce qui se doit entendre dans l'état de nature, et des plaisirs que les Lois Divines ou humaines ne défendent point, les magistrats faisant succéder a leur défense, la douleur des prisons et les autres châtiments dans la vie présente, que Dieu fait craindre encore dans la vie future. La Raison naturelle consiste donc dans le plaisir qui n'admet point de douleur, et le mal dans la douleur qui n'admet point de plaisir. C'est un effet de la Raison de s'abstenir des plaisirs qui sont précédés ou suivis de grandes douleurs, comme c'en est un de souffrir quelque peine et quelque médiocre douleur, pour arriver un jour a quelque plaisir qui soit supérieur a la peine qu'on a souffert. C'est encore celui d'une grande raison, d'abandonner tous ou la plus grande médiocre et partie des plaisirs passagers que l'on peut goûter dans cette courte Vie, pour jouir après la mort des plaisirs éternels beaucoup plus grands."
Commentaire d’Oriane (encre bleu nuit) : quelle lucidité dans ces propos anonymes, c’est en effet bien la douleur et le plaisir qui doivent n’être que nos seuls guides dans la vie et c’est ainsi que j’ai toujours vécu… Ce qui complique un peu le raisonnement est qu’il peut y avoir du plaisir dans la douleur et réciproquement.
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